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Histoire - Pasteur et poète

Laurent Drelincourt

Laurent est l’ainé. Il naît à Paris en 1626. Son père l’envoie à l’Académie de Saumur, où il avait lui-même étudié. Outre la formation qu’il reçoit de son père, car on imagine mal qu’il ait ignoré ses livres, que peut bien avoir appris Laurent Drelincourt à Saumur, cette Rome des Huguenots fondée par le brillant Duplessis-Mornay ? Dans ses écrits, Laurent montre une connaissance exacte de la patristique et de l’hébreu, une fréquentation du Talmud, de Bernard de Clervaux et des références fréquentes à Saint Augustin.
En 1654, il est nommé à La Rochelle, où il exerce jusqu’en 1661 : une disposition restrictive du pouvoir  interdit à La Rochelle d’employer des pasteurs non natifs. L’évêque avait envoyé un intrus surveiller le prêche, d’où il ressort un grand éloge de l’orateur : le peuple rochelais « admirait ce prédicant comme s’il eût paru dans l’exercice d’une force incomparable, et dans l’emploi d’un courage invincible ». Pendant plus d’un an, Drelincourt fils rejoint sa famille à Paris où il fréquente assidûment les milieux littéraires, devenant le protégé de Turenne et de Valentin Conrart, premier secrétaire de l’Académie française fondée par Richelieu. Drelincourt lui présente deux mémoires consacrés à la traduction en paraphrase des textes de la Bible. Plus d’un an après, Il est envoyé à Niort, où il mourra en 1680, après 6 ans de cécité, et une vie donnée à la charge pastorale. 
 
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Temple actuel  de La Rochelle. 

Pour ce qui est du caractère, Drelincourt semble un homme posé, discret, sensible et inquiet, mais capable d’un grand lyrisme. Le portrait laisse entrevoir une douceur un peu « pascalienne ». Sa générosité se manifeste dans ces sonnets où il plaint le vieillard, le prisonnier, les parents endeuillés, les mourants.
En dehors de cela, sa joie de vivre s’exprime par une admiration contemplative de la nature : les éléments, le tonnerre et la foudre, les saisons – thèmes souvent repris à la période baroque – autant d’occasions de s’émerveiller, à travers la beauté de la création, sur la grandeur et la « bénignité » du Créateur.
Malgré tout Drelincourt reste un homme enraciné dans son siècle. Il commente le Nouveau Monde, et prend du recul avec le commerce atlantique.

Homme du 17e siècle, il est loin de la remise en cause du régime monarchique qui triomphait sous les monarchomaques à l’époque de Théodore de Bèze. L’auteur a gardé de son parcours mondain un respect de la sphère politique, et sa vision solaire du pouvoir n’aurait pas déplu à Louis XIV :
 
« Comme un superbe roi, qui brille dans sa cour,
Couronné de rayons, en ta haute carrière,
Des portes d’Orient tu franchis la barrière,
Pour visiter le Gange, et le Pô, tour-à-tour…
… Ainsi, marchant toujours dans ta pompe royale,
Et courant de l’aurore à l’Inde Occidentale »
Livre I sonnet 17. Le Soleil

Son propre père avait composé des prières pour le roi, le dauphin et la reine, à l’usage des paroisses réformées. C’est dire si le loyalisme était grand vis-à-vis de la Couronne, et combien la Révocation ne s’imposait pas d’un point de vue disciplinaire. Drelincourt, comme homme classique, partage l’idée contemporaine de la tolérance, que nous trouvons restrictive aujourd’hui. Il croit en une vérité objective (sonnets « sur l’erreur » et « sur la vérité »). Sans doute est-il disposé à tolérer ce qu’il ne peut empêcher.

Trois sonnets de Drelincourt, deux sur la paix et un contre la guerre, montrent qu’il ne peut concevoir la concorde chrétienne sans une pratique intelligente de la tolérance. De ce point de vue, il est moins combatif que son père.

« Peu de livres sont eu un succès aussi soutenu, que les SONNETS CHRETIENS de Mr. Drelincourt. Ils parurent pour la première fois en 1678, et se débitèrent avec tant de rapidité, qu’il s’en fit en deux ans six éditions, comme il paraît par celle de Charenton, de 1680, qui est la sixième ». Dès la fin du 18e siècle, les sonnets de Drelincourt sont « profitables aux jeunes gens, à qui on fait apprendre quelques uns par cœur ». Le préfacier précise que « les Réformés se servent communément [de ces livres] dans leurs écoles ». Les sonnets sortent du cadre réformé pour s’établir en de nombreuses bibliothèques catholiques. Un portrait de Drelincourt père avait été imprimé dans des éditions antérieures, preuve de la confusion qui s’était faite entre le père et le fils. Cependant aucun portrait de Laurent ne lui est substitué, ce qui tend à prouver que les représentations graphiques de l’auteur déjà étaient rares.

L’humilité du poète se mesure dès les premières lignes de sa préface : « Je n’ai pas dessein de rabaisser le prix des plus magnifiques ouvrages de poésie, pour faire valoir mes faibles productions ». Toutefois, quelques années avant la querelle des anciens et des modernes, il semble avoir fait son choix : « Je sais qu’il y a des gens qui regardent les termes et les fictions des poètes grecs et latins de l’antiquité païenne comme l’âme ou la forme essentielle de la poésie. Ainsi, ils ne font nulle estime des vers, qui, bien que formés par les chrétiens, ne sont pas animés de cet air du paganisme, et qui, bien que français, ne sont pas vêtus à la grecque, ou à la romaine. … Que nous sont les lauriers d’Achaïe en comparaison des palmes de la Terre Sainte ? » On croirait lire du Bellay : Plus me plaît… ! Drelincourt choisit la forme classique des sonnets pour leur brièveté : « Ils sont commodes au lecteur, car il ne leur donne pas le temps de se lasser. Ce sont comme autant de petits airs séparés, dont la musique n’est pas ennuyeuse, parce qu’elle est courte ». Dans sa quête de concision, Drelincourt est encore un classique.
Il ne reste que deux sermons attribuables de façon certaine à Drelincourt. « Le Salutaire Lever du Soleil de Justice (1665) et Les Étoiles de l’Église et les Chandeliers mystiques (1677) constituent sans aucun doute une des plus belles contributions à l’art de la prédication réformée au 17e siècle. Ces deux sermons prophétiques, dont les arguments bibliques littéralement visionnaires sont tirés du Livre de Malachie et de l’Apocalypse font de l’allégorie astronomique le point de départ d’un travail d’exégèse aussi savant que virtuose.
Les psaumes pénitentiels paraphrasés, sont le fruit de l’épreuve : en 1674, Drelincourt perd la vue. D’après le témoignage en vers de son secrétaire, celui qui sans doute a fini ses œuvres, Drelincourt semble entrer dans la grande épreuve, un peu à la manière de Job :

 
« Mais, si quand Tu punis, tu gardes l’équité,
Et si Ton bras vengeur sait distinguer nos têtes,
Sur des sourds auditeurs fait fondre tes tempêtes,
Et non pas sur celui qu’ils n’ont pas écouté »

Sonnet sur la longue maladie de Monsieur Drelincourt
Anonyme
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« O sensible malheur ! O perte irréparable !
A qui nous ne pourrons donner assez de pleurs,
Son exemple calmait nos plus fortes douleurs ;
C’était un autre Job, en son sort déplorable »

Sonnet sur la mort de Monsieur Drelincourt
Anonyme

La dégradation de la situation des Réformés (le gros des dragonnades est derrière, mais la Révocation avance rampante), et des tensions propres de la paroisse de Niort, interrogent le doux pasteur sur sa conduite : en est-il cause par ses péchés ? Ce sentiment va à l’encontre de sa réputation, comme le figureront les nombreux hommages survenus à sa mort, ceux des poètes, des « honnêtes hommes » et des fidèles. C’est dans ce contexte qu’il s’attache à sa dernière œuvre, la paraphrase des psaumes pénitentiels. Privé de ses yeux, et donc du support papier, Drelincourt dicte à un proche. Il compose ses poèmes oralement, dans une connaissance parfaite des textes d’origine. Il meurt sans avoir terminé l’ouvrage, et c’est à titre posthume que celui-ci est publié. Son secrétaire à fini personnellement les trois dernières strophes. Il ne faut pas oublier que la Réforme laisse à chaque chrétien son examen de conscience, qu’il n’y a plus de confession sacerdotale, comme dans le catholicisme, et qu’à ce titre la prière pénitentielle par excellence, à réciter par tous, est le Miserere (psaume 51). Or ce psaume est le clou des pénitentiels de David, et c’est en le traduisant que Drelincourt s’éteint, sur deux versets riches en espérance : « Mon Dieu, qui fut toujours toute ma confiance, Donne-moi de mes maux l’entière délivrance, Et me fais triompher de tous mes ennemis ; Que jamais nul assaut n’ébranle ma constance, Puisque c’est en toi seul que mon espoir j’ai mis ». Ici se pose pour toujours la plume du poète. Le reste est à lire dans les Cieux.

Une apostrophe vient clore la grande édition posthume de 1697 :

 
« Saint homme qui fus mon flambeau,
Souffre qu’au pied de ton tombeau,
Mes larmes je vienne répandre.
Tu sais que je t’aimais tant que tu vis le jour,
Et je veux encore à ta cendre,
Garder le feu de cet amour »

A notre tour d’offrir ses propres vers à notre poète aveugle, en guise de consolation :
« Puisque j’ai dans les fers un cœur en liberté, […]
Jésus est mon soleil, dans mon obscurité. »

Consolation du prisonnier, sonnet 16 Livre IV

 

Exemples : 3 sonnets

Sonnet sur la gloire du Paradis 

Riches voûtes d’azur, flambeaux du firmament,
Couronnes, dignités, grandeurs, pompe royale,
Festins, concerts, parfums que l'Arabie exhale,
Jardins, fleuves, palais bâtis superbement,

Soleil, du haut lambris le plus noble ornement,
Perles, rubis, joyaux de l'Inde orientale,
Trésors que l'Occident aujourd'hui nous étale,
Éclatantes beautés de ce bas élément ;

Objets les plus charmants de toute la nature,
Venez ici m'aider à former la peinture
Du ravissant bonheur que Dieu prépare aux siens.

Mais, non, ne venez pas ; cette gloire suprême,
Où dans l'éternité l'on possède Dieu même,
Surpasse infiniment la nature et ses biens.

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Sonnet sur la mort. Remède 

En tout temps, en tout lieu, sur la Terre et sur l’Eau,
Ressouviens-toi, Mortel, que tu dois te résoudre
À voir, au premier Vent, éteindre ton Flambeau,
Et que ton Vase d’or, doit enfin, se dissoudre.

Jeune et vieux, riche et pauvre, est soumis au Tombeau ;
Les Lauriers les plus verts sont sujets à la Foudre ;
Ton corps, ce riche Habit, ce Chef-d’œuvre si beau,
Doit tomber dans la Fosse, et retourner en Poudre.

Chrétien, si ce Tableau t’imprime de l’Horreur,
C’est ici le moyen d’en bannir la Terreur,
Et de braver la Mort, et toute sa Puissance.

Embrasse, par la Foi, l’heureuse Éternité,
Et mets en ton Sauveur ton unique Espérance ;
Mourant, tu revivras dans l’Immortalité.

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Prière du matin

Je Te bénis Seigneur, en ouvrant la paupière
Fais moi dès le matin ressentir Ta bonté
Fléchis moi par Ton Esprit ma dure volonté
Et verse dans mon cœur Ta divine lumière.

Qu'au milieu des dangers de ma triste carrière,
Soutenu par Ta main, je marche en sureté,
Et qu'enfin, par Ta Grace et par Ta vérité,
J'arrive en Ton repos à mon heure dernière.

Je suis à Ta justice un objet odieux.
Mais mon Dieu, lave moi dans le sang précieux
Que pour moi Ton saint Fils versa sur le calvaire.

Que, sans craindre la mort ni son noir appareil,
J'entre, au sortir du jour qui luit sur l'hémisphère,
Dans le jour où les saints n'ont que Toi pour soleil"
 
                                                                                                                                   Thierry  BOBINET


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